« Semestre italien, un bien pour l’UE » (La Stampa, 16/12) [it]

Tribune de Catherine Colonna, ambassadrice de France en Italie intitulée « Semestre italien, un bien pour l’UE » publiée dans La Stampa du 16/12/2014.

« Alors que l’Italie va clore son semestre de présidence du Conseil de l’Union européenne dans quelques jours, je souhaite me pencher sur le semestre passé afin de la saluer pour son engagement à faire progresser le débat européen sur des sujets aussi importants que la croissance et l’investissement, ou l’immigration.
Pour l’Italie, le défi était de taille : lorsqu’elle a commencé son semestre le 1er juillet dernier, beaucoup ont souligné combien sa tâche serait complexe, avec un nouveau Parlement européen à peine élu, une Commission à renouveler, un président du Conseil européen en fin de mandat, le tout dans un contexte politique marquée par une forte poussée eurosceptique aux élections européennes. Comment, dans ces conditions, poursuivre le travail législatif, tenir un programme ambitieux, être une présidence active et non pas de transition ?

Une présidence est un maillon de la chaîne de solidarité européenne, prenant le relais d’un de ses partenaires avant de la passer au suivant. La réussir, ce n’est pas seulement décompter les dossiers achevés, les compromis trouvés et conseils informels ou les sommets organisés dans le pays qui l’exerce. Tout ceci a été fait, et bien fait, mais ce n’est pas l’essentiel.

Si la France veut féliciter l’Italie, c’est parce qu’elle aura réussi à recentrer le débat à propos de l’Europe sur l’essentiel : la responsabilité, c’est-à-dire le sérieux de la gestion et les réformes, alliée à la confiance et à la solidarité. Responsabilité, confiance, solidarité : trois valeurs complémentaires et pas antagonistes, trois valeurs indispensables pour redonner du sens et de l’énergie au projet européen, dont il faut redire qu’il est le moyen le plus sérieux pour assurer l’avenir de nos pays et de nos peuples.

Le Conseil européen de cette semaine devrait le confirmer : la bonne gestion est nécessaire mais elle va de pair avec une autre priorité indispensable, qui est la croissance. L’Italie est ainsi restée fidèle à la ligne qu’elle défend avec force aux côtés de la France et d’autres depuis plus de deux ans : chacun doit bien sûr respecter ses engagements à la fois parce qu’ils existent et parce que nos pays ont besoin pour eux-mêmes de lutter contre l’endettement ou les déficits excessifs, mais l’austérité seule ne permettra pas de recréer les conditions de la croissance. Or la croissance est la priorité absolue, car c’est elle qui permettra de faire repartir l’emploi. Dès le début de sa présidence, l’Italie et en premier lieu son président du Conseil Matteo Renzi, ont mis ce sujet au cœur de leur action : l’Europe marchera mieux si elle marche sur deux jambes, le sérieux et la croissance. C’est aussi la ligne du président Hollande et le Premier ministre Manuel Valls. Il est intéressant de constater que le président de la BCE lui-même a reconnu qu’il fallait appliquer les règles budgétaires avec discernement pour faire des réformes structurelles et ne pas étouffer les maigres signaux de reprise.

Autre exemple du progrès de nos trois valeurs : la meilleure prise en compte des enjeux de la Méditerranée. L’Italie aura réussi à mieux faire comprendre que ce qui se passe en Méditerranée concerne et concernera tous les pays européens. L’Italie peut s’enorgueillir d’être sortie la tête haute de l’opération Mare Nostrum et d’avoir obtenu le lancement de l’opération de l’Union européenne appelée Triton. Sur les migrations, la volonté de lutter contre les réseaux criminels exploitant la misère humaine et de rechercher des solutions de long terme avec les pays de passage et de transit a progressé.

Au-delà de ces exemples importants, une autre raison de rendre hommage à l’Italie est son discours volontariste sur l’Europe et sur ses valeurs. Le Président Napolitano et le président du Conseil ont eu raison de dire que l’Europe devait répondre à ceux qui doutent d’elle en se recentrant sur de vraies priorités et des objectifs compréhensibles, en redonnant espoir. L’Europe est le projet le plus ambitieux et le plus extraordinaire de ces 60 dernières années, c’est un projet politique pour être ensemble plus forts et non plus divisés. On ne pouvait pas attendre moins d’un grand pays fondateur. La présidence italienne n’a pas manqué ce rendez-vous et il est juste de lui en rendre hommage ».

Source : notre traduction de 16/12/2014 - Tribune Catherine Colonna - La Stampa

Dernière modification : 07/01/2015

Haut de page