TITRES
Politique intérieure
Editorial de F. De Bortoli, directeur du Corriere della Sera (dimanche) – « La douleur et le devoir » :
« Qui aurait imaginé que la cruauté criminelle aille aussi loin ? On croyait avoir tout vu. On s’imaginait même que dans les sociétés criminelles, dont ce pays n’est hélas que trop riche, il y avait un semblant de code, de règles : pas touche aux écoles ni aux enfants. Et pourtant… La bombe posée à l’Institut de Brindisi qui porte le nom de l’épouse du juge Falcone, qui livra une combat courageux contre les mafias au nom de la légalité, tuée avec lui il y a 20 ans, est un geste d’une barbarie inédite. L’enquête dira qui en est responsable. En ce jour, en pleurant Melissa et en regardant droit dans les yeux, atterrés, ses camarades et, en un sens, tous les enfants italiens, nous avons un devoir de plus. Enquêteurs et magistrats sont appelés à redoubler d’efforts contre tout type de criminalité et d’illégalité. Ils en font déjà beaucoup mais ça ne suffit pas. Et on ne doit pas les laisser seuls, comme naguère Falcone et Borsellino. Et les outils efficaces de lutte contre les phénomènes mafieux sont aussi ailleurs : une conscience civique réelle et répandue, plus de cohésion sociale, un sens de la légalité plus vivant, un fort sens de l’Etat. Gouvernement et partis doivent constater, une fois de plus, qu’il est impératif de donner des réponses immédiates en matière de lutte contre la criminalité, la corruption et la délinquance, et sur le plan de l’éthique publique et de la certitude du droit. Autant de preuves indispensables de responsabilité et d’unité nationale pour relever l’image d’un pays à forte criminalité, et d’exemples nécessaires pour les générations futures. Sinon cela n’a aucun sens de décerner un prix de la légalité, qu’obtient d’ailleurs l’école de Brindisi. Cette marque de reconnaissance fit la fierté de Melissa, Veronica et de leurs camarades. En ce jour, elles sont toutes un peu nos filles et nous serrons leurs familles dans nos bras. Mais sans réponses concrètes, les meilleurs sentiments, dont l’Italie est généreuse, sont vains. »
« Monti : l’Italie est proche de ceux qui souffrent » (Fabio Martini, La Stampa) :
« Le fait d’être souvent accusé de froideur, de manque d’empathie, a sans doute joué dans le choix de Monti d’anticiper son retour du sommet OTAN de Chicago. Et sans doute aussi la gravité du séisme, vite manifeste – ce qui a périmé le premier communiqué, plus formel (‘j’exprime toute ma proximité aux populations touchées et mes condoléances sincères aux familles des victimes’). Monti a compris que dans de telles situations à fort impact émotif, l’Etat doit être le plus proche possible des gens. Après l’officialisation de son départ anticipé, le président du Conseil a dit devant les caméras ‘en ces moments, le pays doit se sentir, et je suis sûr que c’est le cas, uni et proche de ceux qui souffrent’ même si les opérations ‘se poursuivent bien, mais les souffrances vécues, l’inquiétude liée aux répliques et les morts à déplorer nous inquiètent beaucoup’ a-t-il expliqué. Un retour anticipé que Monti imagine accompagné de gestes forts : présence probable aux obsèques de Melissa, la jeune fille morte dans l’explosion de Brindisi, et visite des lieux les plus sinistrés en Emilie-Romagne. A ce stade, la seule chose certaine est sa présence au conseil des ministres extraordinaire de mardi, convoqué pour officialiser l’état d’urgence pour les zones sinistrées. Ce contexte fait partie des tristes éventualités auxquelles les professionnels de la politique doivent, tôt au tard, faire face et dont jusqu’ici le professeur Monti avait fait l’économie. L’éloignement avait aussi contribué à quelques petits courts-circuits de communication : samedi, pendant le G8, le premier communiqué évoquait comme possible la piste ‘subversive’ au sujet de Brindisi, avant que Monti, quelques heures plus tard, ne dise que ‘les enquêtes ne permettent pas de se prononcer’. Ce retour anticipé permet aussi à Monti de combler, fût-ce indirectement, le manque de ‘présence’ des ministres techniciens qui a marqué les premiers mois de l’exécutif, comme lors de la tragédie du Giglio – le premier représentant gouvernemental s’est rendu sur place quelques semaines plus tard. Dimanche, CNN a diffusé l’interview de Monti : ‘les élections du 17 juin sont cruciales pour la Grèce mais aussi pour l’Europe’ ; ‘je crois que les Grecs veulent rester dans l’euro même si tous les Grecs ne sont pas prêts à faire ce qui est nécessaire pour rester dans l’euro’, a-t-il déclaré. »
« Les partis à la croisée des chemins entre Athènes et Paris » (Lina Palmerini, Il Sole 24 Ore) :
« Jour de second tour, jour de bilans. Le premier, avant même les résultats, est que les partis ont perdu le sens de l’orientation, le cap. Le PdL, c’est sûr, ne l’a plus, ne sachant comment se rebâtir lui-même et rebâtir la droite, partagé entre le projet ‘modéré’ et celui de nouvelles unions avec la Ligue. Celle-ci, en proie à un scandale financier et désormais privée de son chef charismatique, tente à grand peine ne pas se perdre totalement, mais les ‘balais’ que prône Maroni pour ‘faire le ménage’ ne suffisent pas. Casini aussi est au milieu du gué : le mythique 3e pôle avec FLI et API n’a jamais vraiment pris corps, pas plus que son parti de la nation, projet auquel les électeurs n’ont rien compris. Le PD est en meilleur état, mais souffre aussi. Notamment du rapport de plus en plus ambigu avec l’IdV : la probable victoire d’Orlando à Palerme, candidat ‘malgré’ le PD et ses primaires l’illustrera. Sans compter le phénomène Grillo, un sérieux problème pour la gauche car il pèse sur l’IdV et SeL – et donc sur le PD. Là aussi, donc, on risque de perdre le fil. Si aujourd’hui le candidat pro-Grillo remporte la mairie de Parme, ce sera le choc fatal – et le Mouvement 5 étoiles pourra songer aux législatives de 2013. Le phénomène Grillo n’est pas purement italien : on voit percer des forces antisystème très diverses en France, en Allemagne, en Hollande, en Grèce – symptôme des périodes de crise qui creusent les inégalités sociales. Certains, tel D’Alema, situent l’Italie à mi-chemin entre la Grèce (un paysage politique si fragmenté qu’il n’a pas permis de former un gouvernement) et la France du premier tour – une Marine Le Pen à 18%, 3e après le PS et l’UMP, sachant que l’Italie, exposée aussi à l’affaiblissement des partis traditionnels et à la fragmentation du paysage politique, ne dispose pas d’un mode de scrutin propre à assurer à qui l’emporte au second tour la possibilité de gouverner. Les partis italiens sont à cette croisée des chemins entre Athènes et Paris : sans boussole ni idée précise de la façon de recommencer à faire de la politique, d’où leurs difficultés à modifier les règles électorales. Voici le point de départ. Et si aujourd’hui Grillo conquiert Parme, cela fera un motif d’inquiétude de plus. »
Politique européenne
« Monti : en juin, réunion trilatérale avec Merkel et Hollande à Rome » (Anna Guaita, Il Messaggero de dimanche) :
« Camp David – La satisfaction d’avoir réussi son ouverture du G8 ne se reflète pas sur le visage de Mario Monti. Le soutien trouvé chez B. Obama, le ton amical de F. Hollande, les nouvelles ‘possibilités de dialogue’ avec l’Allemagne : tout cela a été tragiquement éclipsé par l’attentat de Brindisi. Ses premiers mots, hier en conférence de presse, sont allés aux familles des victimes. Après avoir hésité à rentrer en Italie aussitôt, il est resté, pour servir au mieux les intérêts du pays, et il a ouvert la première session du sommet, consacrée aux problèmes économiques mondiaux. Monti a rappelé que ‘l’Italie est maintenant en règle, et peut demander avec force que la dimension de la croissance soit elle aussi respectée.’ Il a expliqué avoir insisté sur ce point : le moment est venu de ‘prendre des mesures concrètes au niveau communautaire et national’. Il a déclaré avoir monté, en juin, à Rome, une réunion trilatérale avec Merkel et Hollande, ‘à temps pour pouvoir concilier les positions des trois pays en vue du Conseil européen des 28 et 29 juin.’ Ce rendez-vous à trois ne se veut pas exclusif, mais ‘doit donner une impulsion qui se communiquera à toute l’UE’. Cette dynamique a été saluée et prônée par la Maison Blanche, soucieuse de voir réglés les problèmes de la zone euro. Chaleureusement accueilli par Obama vendredi soir, Monti a plus tard dit avoir apprécié la façon stimulante dont le Président a présidé le sommet et le tour informel qu’il a su lui donner. Obama avait lui-même demandé à Monti d’ouvrir la session du matin. Ses suggestions et ses idées ont été prises très au sérieux – au point que le communiqué final des travaux les a en bonne partie reprises. »
« Quand le sauvetage convient » (Adriana Cerretelli, Il Sole 24 Ore de samedi) :
« Il reste moins d’un mois pour sauver l’euro et convaincre les Grecs de continuer sur la voie de la rigueur avec la promesse d’une relance concrète de la croissance. Moins de 30 jours pour éviter que le résultat des élections grecques ne soit plus désastreux encore que le précédent. Et pour conjurer la contagion. A ce stade les messages envoyés sont trop bancals et confus pour faire illusion. Au G8 de Camp David, Barack Obama a tenté de convaincre Angela Merkel sur l’urgence qu’il y a à stimuler l’économie pour éloigner le spectre d’une contagion européenne et mondiale. La chancelière a lancé de timides signes d’ouverture, dans un climat de tension où l’Espagne et l’Italie restent la cible des spéculateurs. Le commissaire Karel de Gucht parle de scénarii à l’étude sur une sortie de la Grèce de l’euro, suscitant des démentis immédiats. La confusion règne, même si on voit que la rigueur fonctionne : cette année le déficit moyen de la zone euro est passé de 6% à 3,2%. L’économie en revanche ralentit, voire régresse, entre fuite des capitaux du Sud et maigre solidarité du Nord. Peut-on vraiment dire que la Grèce et les plans de sauvetage du Portugal et de l’Irlande sont pour l’Allemagne un gouffre financier, un effort prohibitif ? Vu les chiffres en jeu, il est assurément moins cher d’accompagner ces pays vers l’assainissement budgétaire que de courir le risque de leur faillite voire d’une sortie de la monnaie unique. La zone euro a engagé moins de 300 Md€ pour les deux programmes d’aide à la Grèce et ceux du Portugal et de l’Irlande, tandis que de 2008 à 2011 elle a autorisé, avec l’aval de Bruxelles, des aides aux banques jusqu’à hauteur de 2 864,4 Md€. Sur les 110 Md€ du premier plan, en prêts bilatéraux rémunérés, la Grèce n’en a en réalité reçu que 75,6 (dont 15,1 de l’Allemagne). Quant aux 172,6 Md€ du second, ils sont financés non par des transferts effectifs mais par de simples garanties fournies au FESF – des montants virtuels qui ne se concrétiseront qu’en cas de défaut de paiement des pays aidés. Les 211 Md€ que l’Allemagne a accepté à grand peine de fournir au FESF à ce titre pèsent un tiers des 620 Md€ qu’elle a investis pour ses banques. Moralité : la solidarité européenne marche mieux pour les banques que pour les partenaires en difficulté. L’Europe n’a plus qu’un mois pour changer de voie. Et ne pas se faire submerger par les marchés – et surtout par ses propres erreurs. »
Politique étrangère
« Débuts de l’axe Obama-Hollande ‘La croissance doit être la priorité’ » (Massimo Gaggi, Corriere de samedi) :
« Les dirigeants européens arrivés à Camp David pour le dîner inaugural du G8 ont rencontré un Barack Obama souriant et cordial, comme toujours, mais aussi très tendu. L’Amérique, après quelques mois de trêve et une reprise faible, est en train de glisser à nouveau dans le cauchemar d’une Europe qui l’entraîne dans sa crise. Obama se retrouve, comme mi-2011, à faire pression sur une Merkel récalcitrante qui s’oppose à brûler les ressources de l’Allemagne sur l’autel du sauvetage de l’euro. Et cette fois la chancelière est aussi face à l’attaque concentrique des Grands d’Europe, conscients que le point de rupture approche dangereusement. Une situation assez extrême pour réunir même le conservateur britannique Cameron et le socialiste français Hollande. Ce dernier, malgré des divergences sur divers points (retraites, impôts, visions inconciliables avec celles de Londres et Washington) a trouvé une ‘forte convergence d’opinion’ avec Obama sur la philosophie de la croissance et sur les actions d’urgence nécessaires pour sauver l’euro. Tous les Européens ont compris dès leur arrivée qu’il s’agissait d’un sommet d’urgence, dans un pays hôte déçu par l’Europe. Le NYT, pourtant pro-européen, prophétisait ‘L’apocalypse, assez rapidement’ (Paul Krugman), soulignait les limites du welfare à l’européenne (David Brooks) et évoquait la nécessité de desserrer l’étau de la stratégie Merkel ‘austerity only’. Ce sommet, conçu pour ‘enregistrer’ les relations entre vieux alliés, a vu son ordre du jour bouleversé par l’aggravation de la crise grecque et les signes d’ébranlement du système bancaire espagnol. Hormis les communiqués censés rassurer les marchés, il ne pourra qu’y avoir un débat franc, voire brutal. Obama demande à Merkel de changer d’approche : assez de morale, l’heure est au pragmatisme. »
« Afghanistan : l’art difficile du retrait », (Franco Venturini, Corriere de dimanche) :
« De Camp David à Chicago, du G8 au sommet de l’OTAN, de l’urgence reconnue de l’euro à la possible urgence (niée) de l’Afghanistan. En quelques heures, le décor du grand moment de vérité occidental a radicalement changé, bien que les acteurs principaux soient largement les mêmes. Cette fois, ils sont décidés à faire de leur rencontre un succès indiscutable. Entre aujourd’hui et demain, il s’agit d’obtenir de vrais progrès sur le thème-clef de la guerre en Afghanistan. Obama pourra mettre sur la table l’accord stratégique conclu avec le président Karzaï pour la décennie post-2014. La question ardue des contributions financières nationales pour cette période devrait aboutir à de nouveaux engagements chiffrés. Le plan de réduction progressive des forces d’ici au retrait de fin 2014 (l’Italie commencera au début de l’automne) sera précisé et confirmé. En somme, l’opération de désengagement devrait se dessiner plus précisément et surtout on verra affirmer fortement et collectivement la volonté de continuer à assister l’Afghanistan bien au-delà de 2014.Un bel ensemble, qui légitimera la proclamation du succès. Mais il y manquera tous les revers de la médaille (qu’aucun sommet de l’OTAN n’a jamais mis en avant). Et il ne s’agit pas d’aspects secondaires. En plus du reste, il y aura l’entrée en scène d’un François Hollande qui veut un retrait d’ici fin 2012. Dans son dialogue avec Obama avant le G8, le nouveau président français a affirmé que sa décision n’était ‘pas négociable’. Le contraire eût été étrange, en vue des législatives du 17 juin, ce retrait ayant été un axe fort de la campagne présidentielle. Ce choix français est censé ne pas avoir de grave impact opérationnel, et puis la France maintient ses engagements d’assistance. Et on a déjà vu le retrait unilatéral des Pays-Bas en 2010 et du Canada en 2011, et l’Australie a fait une annonce en se sens. Au sommet de Chicago, tout se passera bien, mais les choses sont moins simples, pour Hollande et pour l’OTAN. Le retrait des 3 500 Français et de leur matériel va prendre plusieurs mois ; Hollande parle du retrait des ‘forces combattantes’ en 2012, d’autres pourraient rester plus longtemps. Protégées par les forces afghanes ? Bref, tenir la promesse est risqué. Mais la tendance générale est au désengagement : d’ici la fin de l’été les troupes américaines passeront de 90 000 à 68 000. Dès mi-2013, les forces alliées n’auront plus qu’un rôle d’‘appui’ encore mal défini, les opérations revenant aux forces afghanes. Et ce n’est pas tout : il faudra aussi identifier le successeur de Karzaï et surtout trouver 4,1 MdUSD par an pour financer l’armée et la police afghane – or les alliés sont réticents. En coulisses, donc, les problèmes et les périls restent nombreux. L’enjeu : ne pas perdre et la guerre et la face. »./.
