TITRES
Politique intérieure
« Au-delà des polémiques stériles » (Stefano Folli, Il Sole 24 Ore) :
« La Ministre Fornero a raison de dire que ‘vu les grandes difficultés qu’affronte le pays, il est important de ne pas se perdre en polémiques’ oiseuses – dont l’Italie hélas est friande. Y a-t-il une possibilité de voir se réduire la zone grise de l’incompréhension et du soupçon, plus nuisible encore quand il s’agit de la relation entre le gouvernement et le monde des entreprises ? Oui, peut-être, à en juger par le climat un peu meilleur hier après-midi. En vérité, l’urgence reste trop pressante pour dispenser quiconque de faire sa part : exécutif ‘technicien’, partis, institutions, société civile. Hier, alors que la polémique tendait à s’éteindre, deux faits ressortaient. 1. La question de la continuité du gouvernement après 2013. En effet, qui garantit que les exécutifs à venir poursuivront l’œuvre de Monti envers l’Europe – garanties indispensables à nos partenaires, à l’Allemagne notamment ? Problème de fond : la crédibilité du nouveau gouvernement italien. Deux mots – garantie et crédibilité – qui ramènent inévitablement à Monti. Pour le reste, et notamment cette ‘grande coalition’ dont on parle, on verra au lendemain des élections. 2. La lettre de Napolitano – geste lourd de sens, dans la passe actuelle, que celui d’un Président de la République qui met tout son poids dans la balance pour demander au Parlement d’aboutir sur la réforme du mode de scrutin, sans subterfuges. Le message paraît s’adresser aux grands partis pour qu’ils prennent leurs responsabilités – acte dicté par une situation d’urgence quasi-désespérée, mais sans doute le seul à pouvoir produire un effet. Les deux thèmes vont de pair. La crédibilité du pays après les élections est un défi décisif dans lequel on aurait tort de ne pas faire fond sur le nom de Monti – sous des formes à définir. Mais sans un système politique légitimé par une réforme décente du mode de scrutin, la partie ne peut même pas s’engager. »
« Une réponse pour les deux Présidents » (Marcello Sorgi La Stampa) :
« Bien que faites à un jour d’intervalle et sur des sujets différents, les deux sorties inquiètes de Napolitano hier et Monti dimanche sont en fait étroitement liées : nul n’a autant qu’eux conscience des périls que l’Italie court encore au début d’un été 2012 plus menaçant encore que l’été 2011. Outre cette inquiétude, les deux Présidents partagent le refus de l’indifférence totale que continuent d’afficher les partis face à la crise la plus grave jamais affrontée à ce jour, en s’occupant déjà, comme si de rien n’était, de la campagne pour 2013. C’est bien à cela qu’hier Napolitano a voulu se référer dans sa lettre aux présidents des chambres sollicitant l’organisation rapide d’un débat sur la réforme du mode de scrutin. Implicitement, il dénonce le temps perdu en arguties depuis des mois sur un sujet aussi crucial – qu’Alfano, Bersani et Casini, les chefs de la majorité, s’étaient engagés à traiter en 20 jours – il y a 5 semaines ! Alors que les uns et les autres mesurent les différents modes de scrutin possibles à l’aune de leur seul intérêt direct, en Europe ce flou suicidaire suscite une seule question : si les Italiens ne savent même pas avec quel mode de scrutin ils iront voter, comment peuvent-ils espérer sortir des élections avec un équilibre stable qui leur permette de continuer d’affronter la crise ? Or c’est cette question que dimanche Monti voulait mettre en avant, en expliquant que, parmi les problèmes auxquels il fait face pour rendre à l’Italie assez de crédibilité, il y avait aussi l’incertitude sur l’équilibre futur et sur la volonté effective du vainqueur éventuel (et donc du prochain exécutif) de persister dans la dure stratégie de remise en ordre des finances. La médiocre interprétation qui a suivi (‘Monti se prépare à se succéder à lui-même’) indique hélas le niveau où est descendu le débat politique ces temps-ci. Or les intentions des deux Présidents sont claires : Napolitano et Monti ont dit clairement que leur mandat cesserait au printemps 2013. La concomitance des deux échéances devrait pousser les chefs des partis à sortir de leur inertie. Régler décemment la question du mode de scrutin serait sans aucun doute un beau signal dans ce sens. »
« Revirement au PD et au PdL : une réforme pour la grande alliance » (Goffredo De Marchis, la Repubblica) :
« Berlusconi, loin des rencontres habituelles au Palais Grazioli (sa résidence romaine) et de la pression de ses proches pour mettre Monti sous pression, songe à une grande coalition pour 2013 – avec Monti en selle et le PdL dans le jeu. ‘Bien sûr’, dit-il à ceux qui lui demandent si, selon lui, ‘l’étrange majorité’ peut durer au-delà de 2013. Le PdL étudie donc un mode de scrutin axé sur la force des partis et non des coalitions – logique qui le forcerait à se présenter aux électeurs en remplaçant la Ligue par La Droite de Storace (forte perte de voix à la clef). Pour les partis donnés perdants par les sondages, les ‘larges alliances’ sont toujours un mirage tentant – comme bouée de sauvetage. Pour cela, il faudrait que Monti évite de se dire disponible à poursuivre l’expérience. M. Lupi, vice-président de la Chambre (PdL), avertit : ‘cela signifierait qu’à l’automne l’exécutif achève son mandat, alors même qu’il reste à voter la loi de stabilité et les décrets de fin 2012. Impossible’. Or le vrai motif est qu’en cas d’annonce de Monti, PdL et PD risqueraient tous deux des scissions profondes de la part de pans entiers des deux partis qui seraient prêts à rallier une force montienne politique et non plus technique. Voilà aussi pourquoi les PD pro-Monti freinent sur l’idée qu’il entre en piste, préférant se tourner vers le PdL pour trouver un accord sur le mode de scrutin – prêts à tout, ou presque, pour aboutir. ‘Avec le Porcellum, Monti serait hors jeu’ explique Gentiloni, inquiet, et le PD finirait dans une coalition forcée avec Vendola et Di Pietro – un cauchemar pour qui défend les réformes Monti. Selon Enrico Letta, ‘le PD ne veut pas Monti au Palais Chigi en 2013, mais il veut assurément son programme, y compris pour l’avenir’. Une ligne que Veltroni et D’Alema font leur. Mais tout va dépendre du mode de scrutin. Si Bersani ne veut pas rater l’accord avec les centristes, il doit veiller à ne pas trop céder au PdL sur la prime majoritaire. Le n°1 du PD défend son rôle et ses aspirations : il n’a jamais dit souhaiter balayer le programme Monti, il ne suivra pas l’aile radicale (de S. Fassina à M. Orfini), et il a clairement rejeté le Porcellum. Il ne veut pas d’un retour à l’Union façon Prodi (2006) et il a été le premier à ouvrir la porte aux ‘techniciens’ pour 2013 : ‘Seul un fou peut penser passer d’un gouvernement fait de personnes compétentes à un gouvernement d’incompétents’. »
Politique européenne
« L’Eurogroupe confirme le bouclier » (Marco Zatterin, La Stampa) :
« En rédigeant l’ordre du jour de l’Eurogroupe, J.-Cl. Junker avait prévu ‘un bref échange de vues’. Il a été plus long que prévu : une ébauche de déclaration est sortie vers minuit, confirmant le principe de recapitalisation directe des banques en crise et la volonté de lancer rapidement le bouclier anti-spread. Les ministres ont discuté une feuille de route pour mettre en œuvre les décisions et se seraient en outre mis d’accord sur le maintien de Juncker pour 2 ans ½ à l’Eurogroupe, tandis qu’Yves Mersch arriverait à la BCE. Mais la rumeur circule qu’il pourrait partir avant terme au profit d’un relais franco-allemand Moscovici-Schäuble. La dispute de cour de récré sur les places a facilité le débat sur le cas espagnol. Un an de plus a été accordé à Madrid pour ramener son déficit à 3%, à condition que Rajoy annonce dans la semaine une nouvelle hausse d’impôts, tandis que la possible révision du mémorandum en faveur d’Athènes et la demande d’aide de Chypre ont toutes deux été renvoyées à la fin de l’été. Monti avait préparé le terrain par un duel à distance avec les Finlandais, par l’intermédiaire du commissaire à l’économie Olli Rehn. Pour lui, l’Italie ne compte pas recourir au bouclier, mais il doit être clair qu’‘elle tient ses engagements’. La ministre des Finances finlandaise, elle, a reparlé de ‘respect des règles écrites ensemble’ et de pouvoir ‘dire ce qu’elle pense’. On attendait encore, à minuit, une issue sur la recapitalisation directe des banques par le MES, liée à l’approbation d’un système de surveillance bancaire commun. ‘Une nuit très longue’, avouait un diplomate. On parle déjà d’un Eurogroupe le 20 voire le 27. Une histoire sans fin qui fait monter les taux. »
Politique étrangère
« Annan réessaie avec Assad » (Lucia Capuzzi, Avvenire) :
« Une ‘nouvelle approche’ pour résoudre le conflit syrien. Après l’échec du plan de paix, Kofi Annan, envoyé de l’ONU et de la Ligue Arabe, a rencontré lundi à Damas le président Assad. Avec lui, il a dessiné une énième stratégie, fondée sur ‘le dialogue politique et la nécessité d’arrêter les affrontements’ pour faire cesser le massacre. Hier l’opposition a dénoncé 41 victimes de bombardements à Qusayr et à Homs. L’Observatoire syrien des droits de l’Homme recense 6 000 morts depuis l’entrée en vigueur du plan de paix. D’où la nouvelle tentative de médiation d’Annan qui, après avoir obtenu le oui du gouvernement, devra affronter l’épreuve la plus difficile : faire accepter aux rebelles un accord sur un exécutif de transition incluant aussi Assad et des gens de l’ancien régime. Avant de rencontrer l’opposition, Annan a voulu impliquer Téhéran, acteur incontournable en tant que plus proche allié de Damas, alors que l’Occident l’avait exclu de la réunion du Groupe d’action du 30 juin dernier. Annan a rencontré le président Ahmadinejad et Salehi, chef de la diplomatie, qui a montré un certain désir de se démarquer d’Assad en disant ‘nul gouvernant n’est éternel’, ajoutant que les Syriens devraient pouvoir choisir leur nouveau président en 2014. Une course contre la montre pour Annan : H. Clinton a mis en garde Damas contre le risque d’une ‘attaque désastreuse’ –menace claire. Assad riposte en accusant Washington d’offrir ‘un soutien aux rebelles pour déstabiliser la Syrie’. La Russie, par le biais de Poutine, répond en prônant un ‘règlement politique pacifique’ et en ajoutant, de façon éloquente à l’intention des Etats-Unis, ‘nous continuerons de défendre avec fermeté les principes de la Charte et du Conseil de Sécurité’. Face aux accusations du Conseil National syrien, Moscou indique : ‘nous ne livrerons pas d’armes tant que la situation ne sera pas stabilisée’. Un signal d’ouverture, peut-être, de la part de l’intransigeante Russie. »
France
« Hollande : vers un Etat-providence à l’allemande » (Marco Moussanet, Il Sole 24 Ore) :
« François Hollande veut essayer de changer la France, l’un des pays les plus étatistes et sociaux au monde. Mais sans secousses, sans traumatismes, avec un mode opératoire qu’il a toujours fait sien, celui du consensus, du dialogue, du compromis. D’où la ‘grande conférence sociale’, deux jours de rencontres réunissant plus de 300 participants – patrons, syndicats, économistes, experts – et sept tables rondes présidées par autant de ministres. La France a besoin de changer, et vite. La dépense publique et la pression fiscale n’ont jamais été aussi élevées (leur niveau est le plus haut d’Europe). La dette frise les 90% du PIB et le déficit structurel tourne autour des 5%. Le déficit de la balance commerciale est désormais abyssal et le taux de chômage atteint 10%. Au point qu’à la veille de l’initiative présidentielle, le Cercle des économistes a recommandé ‘un transfert massif des contributions sociales des entreprises vers la CSG’, impôt créé en 1990 pour contribuer au financement de la protection sociale, structurellement déficitaire. Selon L. Gallois, nouveau commissaire général à l’investissement chargé du Grand emprunt, le transfert devrait être compris ‘entre 30 et 50 Md€’ pour qu’il y ait un véritable ‘choc de compétitivité’. Le Président invite par ailleurs les partenaires sociaux à aborder la question ‘des accords de compétitivité’. Se référant au modèle allemand, il souligne qu’il est important d’‘aider les entreprises à traverser les périodes de ralentissement de l’activité sans recourir aux licenciements’. L’ordre des trois priorités qu’il avance est significatif : rétablissement des comptes publics, retour de la compétitivité, emploi. Reste aux partenaires sociaux à trouver la voie d’un ‘grand’ pacte de transformation de la France. »./.
