TITRES
Politique intérieure
« La lutte contre la fraude fiscale, signal nécessaire au niveau international » (Massimo Franco, Corriere) :
« Avant de partir pour le G8, Monti a fait un geste qui lui rapportera peu en popularité en Italie mais confirme le prix qu’il attache au crédit international de l’exécutif. Il s’est rendu au siège d’Equitalia, agence qui recouvre l’impôt, cible d’attentats récents et d’intimidations. Il a exprimé à l’agence sa solidarité, en redisant que la lutte contre la fraude fiscale est une priorité afin de tenter de faire évoluer l’attitude des Italiens à l’égard de l’Etat et d’atténuer la méfiance de l’Europe envers l’Italie. Aux résistances, prévisibles, s’est ajouté le drame des suicides d’entrepreneurs à bout. Mais Monti est convaincu de ne pouvoir faire autrement et il l’a redit à Equitalia : ‘Vous ne faites qu’appliquer la loi, payer l’impôt est un devoir’, ajoutant ‘si tout le monde payait son dû, tout le monde paierait moins’ – pédagogie anti-fraude. Et c’est aussi une façon d’aider à rebâtir notre crédibilité extérieure. Un pays vu comme un ‘paradis fiscal’ pour fraudeurs alors que la dette publique enfle, cela alimente le préjugé à l’étranger tout en sapant les efforts du gouvernement et en dégradant notre cohésion interne dans un moment de crise économique et de tensions sociales. Mais la crainte d’abus de la part du fisc n’est pas une invention, pas plus que le malaise face à certaines initiatives trop spectaculaires. Monti le reconnaît : le fisc doit être ‘plus efficace et moins intrusif’. Mais une action aussi ambitieuse requiert que le président du Conseil puisse compter sur une majorité unie. Or les failles au sein de l’alliance PdL-PD-UdC compliquent tout. Le PdL est à nouveau aspiré par le thème de la justice, mais aussi du fisc et il se heurte à ses alliés au sujet de la loi anticorruption. Le PD est aux prises avec une gauche radicale qui attaque les techniciens et a pour interlocuteur le Mouvement 5 étoiles de Grillo, après les municipales. ‘Fermer Equitalia demain matin’, comme dit Grillo, est irrecevable. Mais le sentiment anti-fisc est diffus et peut dégénérer s’il n’arrive pas de l’Europe des signaux propres à atténuer l’impact de la récession. La visioconférence d’hier de Monti avec Hollande, Merkel, Cameron et Van Rompuy paraît la promesse réciproque d’agir. Il s’agit de le faire, aiguillonnés par un Obama inquiet lui aussi. »
« Le cas Bossi résume un système près de s’écrouler et impuissant » (Stefano Folli, Il Sole 24 Ore) :
« Jusqu’à hier, on pouvait voir pour Bossi un avenir de patriarche de la Ligue. Or vu l’ampleur du scandale autour de sa famille et de lui-même, tout est à revoir. Attendons certes que l’enquête suive son cours, mais le verdict de l’opinion, indignée, est déjà tombé, et c’est un désastre pour ce qu’il reste du vieux chef. Il faudra beaucoup de temps avant que la Ligue de Maroni joue à nouveau un rôle important sur la scène nationale, s’il y parvient. Les émissions satiriques le disent chaque soir : ce n’est pas Beppe Grillo qui fait campagne, mais les autres qui la font pour lui, ces partis incapables de mener à bien les réformes nécessaires. L’affaire Bossi l’illustre, et ceux qui n’en peuvent plus de subir la crise font peu de différence entre la Ligue et les autres. Voilà pourquoi que le Mouvement 5 étoiles est donné par certains sondages au-delà de 11% dans l’hypothèse de législatives. Face à cela, l’absence de sursaut surprend. La liste des réformes que prône avec insistance le Chef de l’Etat reste lettre morte. Dans l’hypothèse (très plausible) qu’aucune réforme électorale ne passe, et que l’on vote avec l’actuel mode de scrutin, le Porcellum, un score de 11-12% pour les pro-Grillo bouleverserait tous les équilibres. Il pèserait lourd sur l’axe PD-SeL-IdV, réduirait presque à néant le rôle de centre de Casini, et prendrait, sous des formes inédites, le rôle de force ‘corsaire’ d’une Ligue mal en point. Si rien ne change d’ici 2013, le système va droit au suicide. E. Scalfari, dans Repubblica, jugeait ‘très opportune une liste citoyenne apparentée au PD, représentative du principe de légalité’ – on évoque aussi Saviano. A droite aussi, Berlusconi devra imaginer sa ‘liste citoyenne’ lée au PdL pour lancer un signal de renouveau – de nouveaux visages, avant tout. Quant à l’ex ‘3e pôle’, Casini avait parlé d’un ‘parti de la Nation’. Si c’est sérieux, il ferait bien de se dépêcher : le dernier train avant effondrement est en train de passer. »
« Corruption, nouveau duel PD-PdL » (Francesco Grignetti, La Stampa) :
« Le fil de la trêve tient. En coulisses, l’‘étrange majorité’ ne s’est pas brisée. Au contraire la volonté d’agir de concert sur le code pénal est bien là. Pourtant Paola Severino, ministre de la Justice, doit quotidiennement désamorcer des incidents. Hier, par exemple, D. Ferranti (PD) a exigé qu’on vote son amendement pour durcir les sanctions contre le délit de corruption (pour : PD, IdV et FLI ; contre : PdL ; abstention : Ligue et UdC). Les peines encourues devraient donc monter, le minimum passant à 4 ans de prison et le maximum à 8. Or ce n’était pas prévu dans les accords de la majorité, d’où la colère du PdL. Pour Alfano, ‘le PdL veut un nouveau texte anti-corruption, mais le PD agit de façon déloyale dans le but sans doute de tout faire sauter’. Bersani riposte : ‘ces mesures anti-corruption seront votées, inutile de croire le contraire. Il ne sert à rien de faire de l’obstruction en commission’. La ministre Severino n’est pas ravie de la situation et défend sa proposition, dite ‘en pyramide’, avec des peines minimum et maximum bien pesées. Bref, l’exécutif, surtout après l’entrevue Berlusconi-Monti, tente de s’imposer pour rétablir la trêve politique. Severino minimise : ‘La justice a toujours été un sujet difficile. J’ai constaté, au début des travaux des commissions Justice et Affaires constitutionnelles, à la Chambre du moins, une grande volonté d’éviter des écarts, même si cela arrive parfois. Je ne crois pas qu’il se soit créé une nouvelle majorité. On ne peut pas empêcher un groupe, dans ce cas l’IdV, de voter un amendement avec lequel il est d’accord’. Mme Severino, pour tenter de ramener la paix, et à la demande du PdL, remet à l’ordre du jour les bases de l’accord Alfano-Bersani-Casini du palais Chigi, et l’on reparlera donc d’écoutes téléphoniques. ‘En cas de difficulté, le gouvernement est ouvert à un amendement-balai’ dit-elle. C’est, du reste, ce que demandent les partis de la majorité : que l’exécutif présente ses idées et les tire de l’impasse des veto croisés. Ainsi, Bersani s’est dit prêt à voter le projet de loi sur les écoutes, pourvu que le texte anticorruption soit voté et que la responsabilité civile des magistrats soit revue. Et la ministre Severino, après avoir pris l’avis du palais Chigi, annonce : ‘Mon texte est prêt. Mais la décision de l’inscrire à l’ordre du jour n’est pas du ressort du gouvernement.’ »
Politique européenne
« Rigueur et croissance : le nouveau consensus européen », (Luigi Offeddu, Corriere della Sera) :
« ‘La consolidation budgétaire et la croissance ne sont pas contradictoires mais toutes deux nécessaires : l’une n’exclut pas l’autre et elles doivent aller de pair’. Secouée par une crise sans précédent, l’Europe parle par la voix de ses principaux dirigeants, réunis en visioconférence avant de partir pour le G8 aux Etats-Unis. Le communiqué final, diffusé par la chancellerie allemande, suggère presque que même la forteresse rigoriste partage cette ligne et même la revendique. Merkel de Berlin, Cameron de Londres, Monti de Rome, Hollande de Paris, avec le président du Conseil européen Van Rompuy de Bruxelles et Barroso, celui de la Commission, de New York, se sont rencontrés virtuellement pour tenter de donner une seule voix à l’UE afin de porter aujourd’hui leurs propositions aux autres grands du G8, et au maître de maison, Obama, inquiet de la contagion du tsunami européen. Pour Paris ‘il est ressorti de la consultation une large convergence de vues sur les questions à l’ordre du jour du G8’ et un soutien renouvelé à la présidence américaine du G8. De même, selon Berlin, il y a eu un ‘haut niveau d’entente’ : quasiment le baptême du nouveau couple ‘Merkollande’. Tout le monde a par ailleurs redit sa volonté de ne pas abandonner Athènes à son sort, en demandant toutefois à la Grèce de respecter les pactes : il suffira d’attendre quelques semaines pour juger de la solidité de la proposition commune. Il s’est agi d’une consultation d’urgence, avec le ton qui sied. Dans l’incertitude du moment, il s’agissait aussi de jauger le nouveau venu Hollande, socialiste qui promet de desserrer l’étau rigoriste de Berlin. Et un pays qui ne fait pas partie de la zone euro, le Royaume-Uni de Cameron, a affirmé haut et fort qu’aujourd’hui est en jeu la survie de l’euro, invité les autres à se secouer et indiqué parmi les ‘solutions qui créent de la confiance’ les euro-obligations chères à Monti. Tout le monde n’a pas dévoilé son jeu, bien sûr, mais A. Merkel, qui domine encore la partie, avait laissé entrevoir dans une interview au NYT une nouvelle ouverture allemande à des ‘stimulations’ propres à aider ‘la croissance de la zone euro dans l’intérêt de la Grèce’. De son côté, le FMI estime que la BCE a ‘des marges de manœuvre pour des actions monétaires expansives’ et pourrait baisser ses taux d’intérêt. »
Politique étrangère
« Aux Etats-Unis, Monti fera le lien entre l’Europe et Obama » (Monica Guerzoni, Corriere) :
« Gérer le drame grec pour éviter la contagion ne suffit pas. A Camp David, où s’ouvre aujourd’hui le G8, Mario Monti portera un message d’espérance, il tentera de regarder au-delà des nuages qui obscurcissent le ciel de la zone euro, et expliquera comment, si l’on agit ensemble, il est possible de sauver l’euro et de faire repartir la croissance. C’est de cela, et d’autres chose, que le président du Conseil italien, l’Anglais Cameron, le nouvel homme de l’Elysée Hollande, la chancelière allemande Merkel, et Van Rompuy, président du Conseil européen, avec Barroso, président de la Commission, ont parlé hier une heure durant. L’issue, pour ce qui en a filtré, a été positive et encourageante. Les dirigeants se sont accordés sur un principe clef : rigueur et croissance ne sont pas des alternatives l’une de l’autre mais doivent aller de pair. C’est la ligne de Monti, dont le rôle de médiateur entre la France et l’Allemagne se consolide, notamment grâce au satisfecit du FMI à l’Italie et à l’harmonie de sa relation avec le président des Etats-Unis. Si l’on qualifie Monti d’‘ambassadeur d’Obama’, c’est parce que la Maison Blanche craint que la crise ne se répande et voit en lui un interlocuteur fiable en Europe. Au point de lui confier l’honneur et la charge d’ouvrir la session économique du G8. C’est donc paré de l’habit de médiateur entre Paris et Berlin (et entre Europe et Etats-Unis) que le Professeur, mis à rude épreuve par les tensions partisanes en Italie, s’est envolé la nuit dernière pour Camp David. Au G8, où Monti verra aujourd’hui le Premier ministre russe Medvedev, il sera porteur d’une vision commune et tentera de faire passer un message positif, dans la mesure du possible. Les contours du débat ont été esquissés lors des échanges d’hier, et le thème, pour citer Monti et son équipe, peut se résumer ainsi : ‘ Si on est uni, on peut repousser les tentatives de ceux qui veulent mettre l’Europe sur le banc des accusés’. Au sujet du drame grec, l’angoisse est vive. Monti est convaincu que pour sauver l’Europe il faut conjurer la sortie de la monnaie unique, mais il ne souhaite pas que le sommet n’ait qu’un rôle de ‘cabinet de crise’ sur la Grèce. Que faire ? S’essayer à un optimisme prudent en insistant sur ce que l’Europe a fait de positif pour mettre l’euro à l’abri et relancer l’économie : MES et traité budgétaire. Et, pour l’avenir, pourquoi pas un accord sur les euro-obligations ? »
France
« Ayrault présente ses ministres. Aubry, déçue, claque la porte » (Daniele Zappalà, Avvenire de jeudi) :
« Mercredi, selon le ‘pragmatisme’ revendiqué par le tandem Hollande-Ayrault, la présentation du nouveau gouvernement était prévu pour 16h00. Pour la France et la presse, ce fut l’après-midi le plus long. La liste est arrivée juste à temps pour le JT du soir. La réunion entre Hollande et Ayrault a duré 5 heures, un record. Certaines sources proches de l’Elysée ont parlé d’un vrai ‘casse-tête’ – même si Ayrault a démenti. La journée avait débuté sous le signe de la discorde. Martine Aubry, première secrétaire du PS, n’avait jamais caché ambitionner Matignon, qui est allé à Ayrault. Elle a aussi dit vouloir mener la bataille en vue des législatives, rôle pour lequel Hollande pressentait justement le nouveau Premier ministre. Pour certains, Aubry serait le ‘premier pépin’ du quinquennat Hollande. Le gouvernement comprendra Manuel Valls (Intérieur), Laurent Fabius (Affaires étrangères), Pierre Moscovici (Economie), Marisol Touraine (Affaires sociales et Santé), Vincent Peillon (Education nationale), Michel Sapin (Travail) Jean-Yves Le Drian (Défense), Aurélie Filippetti (Culture), Christiane Taubira (Justice). La parité des sexes est parfaitement respectée (17 hommes, 17 femmes). Moyenne d’âge : 53 ans. Première mesure du gouvernement : la réduction de 30% du salaire du Président et de ses ministres ‘pour donner le bon exemple’ a affirmé Ayrault en indiquant comme sa priorité le redressement des finances publiques. »./.
