TITRES
Politique intérieure
« Deux obstacles sur le chemin de Monti » (Marcello Sorgi, La Stampa) :
« Le résultat satisfaisant de sa rencontre avec Mme Merkel et, plus largement, de la mission européenne de Monti jusqu’ici pourrait être remis en cause par deux événements très attendus : la décision de la Cour constitutionnelle sur les questions référendaires et le vote sur l’autorisation d’arrêter N. Cosentino, coordinateur PdL de Campanie. Pour ce qui est du premier point, la rumeur parle d’une décision ‘articulée’ ou ‘paralégislative’ qui dirait non tant aux référendums qu’au mode de scrutin actuel (le ‘Porcellum’), qu’il inviterait le Parlement à modifier au plus vite. Une telle décision déplairait aux promoteurs du référendum mais moins aux partis, qui ainsi pourraient redevenir les arbitres des nouvelles règles à fixer d’ici aux législatives de 2013. Si au contraire la Cour avalisait les référendums, le délai pour mettre au point un nouveau mode de scrutin se réduirait considérablement – le scrutin référendaire devant avoir lieu selon la loi entre le 15 avril et le 15 juin. D’où la crainte que les partis, plutôt que de voir (probablement) revenir le ‘Mattarellum’, ne tablent sur des élections anticipées avec le mode de scrutin actuel, remettant à l’an prochain le débat sur le nouveau système. L’impact du vote sur l’arrestation, ou non, de Cosentino, est plus complexe. La probabilité du ‘oui’, forte jusqu’ici, pourrait se réduire après le revirement de Bossi, qui a converti le ‘oui’ de la Ligue à l’envoi de Cosentino en prison en appel à la ‘liberté de conscience’ des députés. Toute la journée, on a vu s’affairer le PdL et Berlusconi pour tenter de retourner un certain nombre de députés – mais il faudrait 50 revirements environ, objectif difficile. Quelle que soit l’issue du vote, la fracture qu’il va créer, pour la première fois, dans la majorité, entre gauche et droite laissera des traces. Et elle accentuera, dans le camp qui finira battu, les réserves sur la difficulté de coopérer, au sein d’une même majorité, avec ceux qui, il y a deux mois encore, étaient les adversaires. »
« Libéralisations, le plan » (L. Cifoni et B. Corrao, Il Messaggero) :
« L’exécutif Monti a son plan sur les libéralisations. Le texte préparé par Monti et Catricalà fait tomber de vieux tabous en libéralisant tous azimuts – même si selon le Palais Chigi ‘les textes publiés ne correspondent pas au document en cours d’élaboration’, mais plutôt à une ébauche. Les idées qui circulent tendent à affronter et à faire tomber de vieilles rigidités qui ont jusqu’ici limité la libre concurrence, renchérissant les coûts pour les Italiens. Le projet paraît équilibré et ne pas viser telle ou telle catégorie en particulier, de façon à désamorcer les veto croisés potentiels. Il est prévu : 1/ une simplification générale : abolition des règles fixant ‘plafonds, autorisations, licences, nihil obstat’ en vu de créer une activité commerciale à compter du 30 octobre 2012. Deux exceptions : les taxis et les services soumis à article ad hoc. 2/ Commerce : chaque entreprise pourra établir quand faire des remises, des soldes et des ventes extraordinaires au-delà de la durée et du taux des promotions. 3/ Croissance des entreprises : possibilité, quand la fusion de petites entreprises entraîne le franchissement du seuil de 15 salariés, de bénéficier de la flexibilité antérieure jusqu’à 50 salariés. 4/ Régions : création au palais Chigi (à coût nul) d’un bureau de protection et de promotion de la concurrence au niveau régional et local et de protection des consommateurs, qui pourra surveiller la législation locale, y compris sur signalement de l’autorité de la concurrence, et en demander la révision.5/ Pharmacies : 3000 habitants suffiront à justifier l’ouverture d’une pharmacie (la fédération professionnelle parle de 2000 nouvelles pharmacies). 6/ Carburants : pour libéraliser le réseau, possibilité de rachat des pompes d’essences appartenant aux compagnies pétrolières actives dans la production, le raffinage et la commercialisation d’hydrocarbures (ENI, Esso, Shell, ERG etc.). On envisage le transfert d’un tiers des stations, moyennant indemnisation appropriée des propriétaires. »
Politique européenne
« Lueur d’espoir allemande » (Andrea Bonanni, La Repubblica) :
« Les éloges excessifs de la chancelière allemande à Mario Monti démontrent à quel point l’Europe a eu peur que l’Italie ne sombre financièrement, et le soulagement de voir le pays enfin gouverné de façon responsable. Mais ces compliments et le respect retrouvé de l’Italie sur la scène internationale ne suffisent pas à sauver le pays ni sans doute l’euro. L’assainissement des comptes publics et la relance de la croissance restent un mirage et nous serons obligés de payer, pour financer notre dette et alimenter nos entreprises, 5 ou 6 fois plus cher que ne paient les Allemands. Le président du Conseil a donc parfaitement raison de dire que l’Italie a fait sa part et que c’est maintenant à l’Europe de calmer les marchés de sorte que baisse le spread excessif pesant sur les taux italiens. Le vrai combat du Professeur commence à peine et il sera rude. Il doit lutter sur deux fronts européens. D’abord, la formulation du nouveau Traité d’union économique renforcé, qui fixe des règles plus strictes de discipline budgétaire mais ne doit pas ‘étrangler’ non plus notre économie ou la jeter dans un cercle vicieux – comme en Grèce. D’autre part se fait sentir le besoin urgent que l’Europe offre des garanties aux marchés sur l’avenir de l’euro, pour permettre aux capitaux de recommencer à investir en Italie aussi et pas seulement dans les pays vertueux du nord de l’Europe – de façon à réduire le spread et à donner de l’oxygène aux entreprises. Sur le front du Traité, l’exécutif italien a marqué quelques points. Même si, au fond, on n’obtient pas de nouveaux assouplissements, on revient au moins à la formulation prévue par le droit en vigueur, en évitant les durcissements demandés par l’Allemagne. Sur le front des mesures européennes visant à rassurer les marchés, le résultat est médiocre : France et Italie semblent incapables de surmonter les veto allemands. Seul point toujours d’actualité, l’accroissement du FESF – Merkel paraît ouverte et le FMI pourrait y jouer un rôle accru. Ce serait rassurant mais pas suffisant. Et les belles paroles de Mme Merkel, même destinées à l’Italie de Monti, auront bien du mal à nous tirer de nos difficultés. »
« Le problème n’est plus l’Italie » (Adriana Cerretelli, Il Sole 24 Ore) :
« Si l’Allemagne de Mme Merkel n’était pas celle que nous connaissons depuis 1 an ½ que dure le calvaire de la zone euro, si la rigidité et l’entêtement de la chancelière sur la rigueur à sens unique ne lui avaient pas assuré 63% de popularité, il eût été raisonnable d’attendre de sa rencontre avec Monti sinon un revirement, au moins un geste concret d’européisme. Car avec l’Allemagne et l’Europe aux portes de la récession, les coups de griffes des marchés aux exécutifs, par spread interposé, rendent de plus en plus insoutenables le coût de financement des dettes souveraines. Or on n’a eu que des mots, et l’éloge du ‘travail impressionnant’ de Monti. Celui-ci sait très bien qu’à présent le problème de l’Italie est l’Europe et l’euro, et non l’inverse. Il a besoin de faits européens qui se traduisent par la baisse du spread et la stimulation de la croissance, et il l’a dit clairement hier. Merkel a joué habilement sur les mots, se disant prête, pour donner un signal positif aux marchés, à accroître les ressources du MES ‘à condition que les autres pays soient d’accord’, annonçant que le prochain Conseil européen parlerait aussi de croissance, mais se bornant sinon à des refrains connus : compétitivité, innovation et ‘bonnes pratiques’ à imiter des Danois ou des Suédois. Quand on parle ainsi tant d’Europe pour ne rien dire, quand on prétend contrôler directement les budgets de ses partenaires sans rien concéder en échange, il y a de quoi s’inquiéter. Entre la France de Sarkozy, aspirée par sa campagne électorale, l’Allemagne de Merkel qui ne semble pas s’apercevoir qu’elle joue avec le feu et le reste du club de plus en plus retranché sur ses intérêts nationaux, l’Italie de Monti a les mains liées. Elle a réussi à faire prendre en compte les ‘facteurs importants’ à côté de la réduction annuelle de la dette – une victoire du bon sens. Mais le nouveau Traité ne dit rien de la dette excessive de l’Europe, trou noir qui risque de phagocyter l’euro et que les exécutifs, Merkel en tête, ne tentent même pas de combler. Seul, Monti peut faire très peu de chose. »
Politique étrangère
Entretien avec Giulio Terzi di Sant’Agata, ministre des Affaires étrangères, dans La Stampa – « ‘Maintenant sécurité et défense, pour une Europe plus unie’ :
« De retour de Paris, G. Terzi évoque la crise de la zone euro : ‘Alain Juppé me l’a dit ainsi : comment avez-vous fait pour réformer aussi vite le système des retraites ? En France on en discute en vain depuis 7 ou 8 ans… Il y a du respect et de l’admiration pour l’effort dont nous avons été capables. À ce stade, le point important est la solidarité européenne, qui doit se concrétiser dans le Fiscal compact et dans la disponibilité des fonds alloués au MES, qui sera la réponse de l’Europe aux marchés. L’Europe a besoin de l’Italie et il est essentiel que la réponse de nos partenaires soit homogène’. S’agissant du nouveau Traité : ‘nous n’avons pas de problème concernant la règle de l’équilibre budgétaire, nous partageons à ce sujet la position allemande et nous la suivons. Le point le plus délicat pour nous est le rythme de réduction de la dette publique. L’objectif de réduction annuelle d’1/20 de la part dépassant le seuil autorisé de 60% du PIB existe déjà mais une interprétation rigide et mécanique ne tarderait pas à produire de lourds effets récessifs. La convocation d’un Conseil européen consacré à la croissance fin janvier conforte nos positions. Avec la France, j’ai constaté un rapport très étroit et une forte convergence de vues. Avec Alain Juppé, nous avons parlé du budget de l’UE et de son élargissement, avec la candidature de la Serbie’. L’Europe ira-t-elle vers plus de cohésion après la crise de la zone euro ? ‘Après une plus grande intégration des politiques budgétaires, je crois que nous devons ouvrir le chapitre de la politique de sécurité et de défense. L’Europe a besoin d’une politique de sécurité et de défense complémentaire à l’OTAN. Nous devons prendre des responsabilités de plus en plus grandes, avoir une politique de défense commune et devenir des partenaires égaux avec les Etats-Unis en matière de sécurité.’ »
Politique internationale / France
« Comment on a tué le valeureux Gilles à Homs » (Alberto Negri, Il Sole 24 Ore) :
« Gilles Jacquier, 45 ans, grand reporter de France 2, prix Albert Londres et deux fois prix Ilaria Alpi cette année pour son reportage sur la révolte en Tunisie – des médailles pour une carrière très brillante et trop brève – a été tué par un obus à Homs devant sa compagne. C’est le premier journaliste tombé depuis le début de la révolte syrienne. Pour le régime d’Assad, qui avait assuré la protection des journalistes dans la citadelle rebelle, c’est un grave coup porté à son image. Une dérive de plus en plus incontrôlable menacé la crise syrienne. Le régime peine de plus en plus à tenir toutes les régions. Le ministère de l’Information tenait à ces ‘visites guidées autorisées’ de journalistes, dont la sécurité était, disait-on, assurée. Et ce grave coup s’ajoute aux blessures de certains observateurs de la Ligue Arabe. Combien cette mission va-t-elle encore durer ? La mort de Jacquier complique aussi la position du front anti-régime. Telle l’Algérie des années 90, impossible d’établir qui tue qui. Assad a commis tant d’erreurs, tout comme son entourage de généraux et de parents jouant un rôle auprès des forces de sécurité et des services secrets. Assad, qui mercredi est allé haranguer la foule dans la rue, n’a pas encore fait de geste concret pour négocier, parlant vaguement de réformes. En face, l’opposition reste divisée et l’armée de libération nationale garde ses ambiguïtés. »./.
