Entretien de Catherine Colonna dans le Corriere [it]

Article original

20/11/2015 - Corriere della Sera - "Dagli Italiani tanta amicizia"

Notre traduction

ENTRETIEN de l’ambassadrice au Corriere della Sera (D. Gorodisky), « Tant d’amitié de la part des Italiens, vous pouvez nous aider en dehors de la Syrie ».

Rome : Catherine Colonna, Ambassadrice de France en Italie, souhaite d’abord « remercier officiellement, du fond du cœur, l’Italie et les Italiens. Après les attentats du 13 nous avons reçu beaucoup de manifestations d’amitié. Pour nous c’est une aide très importante ».

Q : Et puis il y a le soutien concret que le président français François Hollande a demandé aux autres pays européens

R : « Nous sommes en train d’engager des démarches diplomatiques pour appliquer cette demande acceptée à l’unanimité. Il s’agit pour l’Europe d’une demande nouvelle et nous verrons ce que chaque pays pourra faire pour contribuer à une réponse globale. Les ministres Gentiloni et Pinotti ont dit vouloir faire davantage. Je suis moi-même en ce moment en train de faire des démarches. Nous verrons de quelle façon l’Italie pourra aider, pas nécessairement en Syrie ou en Irak : elle pourrait être plus impliquée sur d’autres théâtres. Je suis confiante. »

Q : La solution doit être militaire ?

R : « Personne ne pense ou n’a dit que la solution du conflit en Syrie devait être de nature militaire, nous sommes convaincus qu’il faut un processus politique. Mais en ce qui concerne le terrorisme, en 2015 la France a été frappée plusieurs fois et, presque toujours, par des terroristes entraînés en Syrie. Pour protéger les citoyens français (mais pas uniquement eux), le président Hollande avait décidé, il y a deux mois, d’agir pour frapper des centres d’entraînement où les djihadistes sont formés et des centres de commandement. L’Italie en avait été informée. Et c’est avec la même lucidité que la France a décidé, après les attentats de vendredi dernier, de nouveaux raids ciblés contre Daech. »

Q : Le président du Conseil italien Renzi a dit que les ‘’killers ont grandi dans les banlieues françaises’’ et ‘’qu’ils sont nés dans la dégradation de nos villes ‘’

R : « C’est un débat ancien et connu : les inégalités, la démocratie imparfaite… Mais ce qui est arrivé le 13 est sans précédent : des kamikazes en Europe, le nombre de victimes, le type d’objectifs ‘’communs’’ constituent une nouveauté absolue. »

Q : Au niveau militaire, la Russie, mise au ban pour l’Ukraine et la Crimée, pour la violation des droits de l’homme, vous soutient, aujourd’hui elle est un allié principal ?

R : « Je ne le dirais pas comme ça. Nos positions sur les points cités demeurent les mêmes et l’accord de Minsk doit être appliqué. Aujourd’hui, pour la première fois, pour résoudre le problème syrien, nous avons une meilleure coordination avec différents pays : Russie, Etats-Unis, Iran, Arabie Saoudite, Italie, Grande Bretagne, et une coordination militaire avec la Russie. »

Q : Poutine pourrait-il avoir maintenant plus de pouvoir en Europe ?

R : « La France est déterminée à combattre Daech par tous les moyens et avec les autres pays. Mais nous soulignons qu’Assad ne représente pas l’avenir de la Syrie, il faut une transition. »

Q : Vous jugez tiède la réponse du président Barack Obama ?

R : « Non, l’action des Etats-Unis en Syrie existait déjà avant les attentats. »

Q : Vous n’avez pas demandé un soutien à l’OTAN justement pour pouvoir faire participer la Russie ?

R : « Il y a une menace qui vise l’Europe, ce que nous sommes : nous devons trouver une réponse européenne et chaque pays prendra ses responsabilités. Nous avons besoin de rapidité et de flexibilité. L’opération à Saint-Denis a évité que les terroristes ne commettent d’autres attentats. »

Q : Hollande dit que nous sommes en guerre, le Pape parle de guerre. Ce mot ne plaît par contre pas au gouvernement italien.

R : « Guerre, terrorisme, attentats, ce ne sont pas de beaux mots ; mais il y a une réalité cruelle. Nous avons le devoir de protéger nos citoyens, tout comme les pays amis : selon les revendications, la France n’est pas le seul pays visé, et nous devons nous défendre. »

Q : Renzi a affirmé qu’il ne soutiendrait pas une « Libye-bis ».

R : « Je ne trouve pas de dissonance entre ses propos et le fait que nous frappions de manière ciblée des camps d’entraînement de l’Isis. Demain (ndr : aujourd’hui pour qui lit) les ministres de l’Intérieur se réuniront. Nous devons renforcer la sécurité, l’échange d’informations et de données, les contrôles aux frontières à l’entrée comme à la sortie : les terroristes aujourd’hui voyagent, indépendamment de leur nationalité. La France sait qu’elle peut compter sur l’Italie pour améliorer la protection des citoyens de tous nos pays. »

Dernière modification : 30/11/2015

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